Plus de 10 ans après Katrina

Le 29 août 2005 l’Ouragan Katrina traversa les Etats-Unis et provoqua de graves inondations. La Louisiane et tout particulièrement la ville de La Nouvelle Orléans furent dévastées. 1836 morts, 108 milliards de dollars de dégât. En Louisiane, contrairement à la Floride, ce sont les plus démunis qui vivent au bord de la mer. Dans des quartiers qui sont parfois 6 mètres en dessous du niveau de la mer. Les habitants les plus pauvres, majoritairement afro-américains, sont en Louisiane les principales victimes. Beaucoup n’ont pas eu les moyens de s’enfuir.

Si nous effectuons ce voyage jusqu’ici, c’est justement pour voir comment 10 années après Katrina les choses évoluent. J’avais dans l’idée avant de partir qu’ayant connu une telle catastrophe, la Louisiane aurait réagi en développant plein de solutions inédites pour non seulement éviter ce genre de catastrophes mais plus largement pour penser autrement l’aménagement des territoires. Je m’attendais à découvrir un laboratoire d’expérimentations de la résilience et de la durabilité urbaine. Un laboratoire à la hauteur des enjeux climatiques, écologiques, économiques et sociaux auxquels la Louisiane fait face. Et auxquels nous devrons faire face tout autant.

Malheureusement, je me suis trompée. Ce que je pensais être une évidence ne l’est pas. Il n’y pas ou très peu de changement dans la manière dont sont pensées les villes. L’urbanisme n’intéresse pas ou peu. Les coupes budgétaires au sein des universités ont d’ailleurs eu raison de la seule faculté d’aménagement de l’espace de Louisiane. Elle a fermé. On ne forme pas ou plutôt plus d’urbanistes ici. Et sans doute en a t-on jamais eu autant besoin.

Chaque jour je rencontre des personnes qui suivent les opérations d’aménagement urbain du Delta du Mississippi. Ce sont des chercheurs, des professionnels, des architectes, des paysagistes, des anthropologues, des géographes ou des écologues et ils ont tous comme trait commun le découragement. L’urbanisme est aux mains d’aménageurs fonciers, de promoteurs immobiliers, de politiques parfois corrompus et d’assureurs inconscients qui ensemble font tourner l’économie américaine mais ne fabriquent en rien des villes durables.

Juste une parenthèse sur les assureurs. Lors d’un sinistre, si votre maison est détruite. Votre assurance vous paie pour que vous puissiez reconstruire votre maison… au même endroit. Si elle est en zone inondable, votre maison risque d’être de nouveau détruite et ainsi de suite.

Par contre, des innovations existent bel et bien. Parmi elles la restauration écologique des zones côtières. On rend les villes toujours plus artificielles et on se rachète en créant des réserves naturelles le plus sauvage possible. La ville et la nature restent opposées. Occasion manquée de repenser le système dans son ensemble.

Pour illustrer ces propos, voici quelques images du quartier le plus dévasté de La Nouvelle Orléans : Ninth Ward. Un quartier afro-américain tout à fait conventionnel mis à part les maisons abandonnées ou délabrées qui ponctuent les rues. On sent encore la catastrophe plus de 10 ans après. C’est à peine croyable. Nombreuses sont les parcelles vides, non bâties. Une seule est occupée par un petit jardin potager. Lower Ninth Ward a pour sa part fait l’objet d’un réaménagement plus avancé, sur la base de fonds privés. Les nouvelles habitations sont écologiques et auto-suffisantes en énergie. Des architectes de renommée internationale ont construit ces maisons à l’emplacement identique des précédentes. Là encore, de nombreuses parcelles sont vides et totalement inappropriées par les habitants. Ces espaces abandonnés font partie de la ville, ils devraient être des ressources.

Nous avons aussi constaté que ces nouvelles maisons étaient essentiellement habitées de personnes blanches. J’espère que c’est une fausse impression. Cela voudrait dire que le projet de réaménagement n’est pas vraiment accessible à tous. Voire même que le but de ces projets n’est pas de faire revenir les gens, mais de faire de La Nouvelle-Orléans une ville blanche et lucrative. On sait bien que des investisseurs recherchent partout les propriétaires des maisons détruites. Ils les rachètent pour environ 10 000 dollars. On parle de spoliation. En ce sens, Katrina n’a pas fini de soufflé.

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